Du webmaster aux spécialistes : retour sur l’évolution des métiers du web

Webmaster, le métier originel

Si les métiers du web sont aujourd’hui nombreux, au départ il n’y en avait qu’un : le webmaster. Un intitulé de poste unique représentant des situations très diverses. Cette période était guidée par des professionnels passionnés, emprunts de liberté et d’expérimentation. Christophe Dané s’en rappelle très bien : “Il faut se souvenir des premiers métiers dans le digital et l’internet comme un moment où l’on vous demande de faire les choses sans mode d’emploi. La question n’était pas de savoir quel métier on allait faire, mais ce que l’on pouvait exploiter dans l’Internet pour faire muter ceux dans lesquels nous étions installé. C’est là que le principe de test & learn a pris sa dimension. On a inventé des fonctions, des usages, des métiers. Parfois on s’est planté, et c’est ce qui nous a fait avancer. Le moteur était la curiosité et l’imagination sans limite. Le webmaster de l’époque était déjà un martien et le maillon de départ de toute la chaîne digitale. Quand on voit ce qu’il a créé comme descendance…”

Des compétences du webmaster aux métiers du web

Le webmaster possédait autrefois de nombreuses compétences : développement web, design, community management, rédaction web, administration réseau, optimisation pour le référencement… Ces fonctions sont petit-à-petit devenues des métiers spécifiques. Selon Bluesearch, “l’essor du digital a conduit à une taylorisation des tâches c’est-à-dire à une spécialisation des métiers. De plus en plus de métiers d’hyper experts (par exemple SEO specialist, community manager, ….) sont apparus et le « middle management » a été aussi renforcé”.

Toujours selon Bluesearch, les métiers du web peuvent être classés en 5 catégories :

Et trois types de métiers sont en vogue selon Urbanlinker :

  • Les métiers du webmarketing : devenus aujourd’hui des piliers de croissance, de rentabilité, les profils marketing sont de plus en plus sollicités. Le cabinet souligne la popularité des growth hackers et des product owners, devenus indispensables dans les start-up : “Depuis deux ans, on observe la montée en puissance de ces métiers car la concurrence dans l’univers start-up est de plus en plus féroce et le besoin de résultats est quasi immédiat”.
  • Les métiers tech : le fossé entre l’offre et la demande est considérable. “Il reste encore trop peu de profils qualifiés pour combler les besoins du marché, ce qui entraîne une hausse des salaires sur ce secteur.”
  • Les métiers liés au mobile : “la tendance mobile first se confirme et les besoins en recrutement suivent. Nous avons constaté une forte augmentation des offres d’emplois mobile en France ces derniers mois. Ce qui commençait à être vrai en 2015 devient une évidence en 2016 : les sociétés souhaitent maîtriser l’ensemble de leurs produits mobiles (iOS & Android)”

En revanche, certains métiers du webmarketing régressent et on assiste à une baisse des besoins en main d’œuvre. “C’est souvent le cas pour des postes différents qui peuvent fusionner en un seul : les compétences en emailing se retrouvent par exemple dans le périmètre de postes orientés CRM au sens large. Nous notons aussi une forte baisse des besoins sur les métiers touchant à l’affiliation.”

La digitalisation, une tendance de fond

Si l’évolution des métiers spécifiques du web est intéressante, l’essor du digital impacte un nombre beaucoup plus important de professions. Il s’agit d’une mutation, profonde, souvent intitulée transformation ou transition digitale ou numérique. On demande aujourd’hui aux professionnels de tout métier, d’être polyvalents et de maîtriser de nombreuses compétences digitales. Selon Christophe Dané, ce mouvement de fond touche tous les départements de l’entreprise.

“Le marketing est touché de plein fouet, mais on constate aussi que les autres départements de l’entreprise sont concernés par le digital : finances, RH, DSI, commercial, back office. Aucun territoire n’échappe à la contamination numérique. Le serviciel de nos industries s’automatise, se personnalise, s’optimise… L’esprit communautaire d’Internet devient aussi le symbole de la relation sociale et du statut des collaborateurs. L’engouement et l’adoption des individus sur un plan personnel se retrouvent dans les attitudes et les comportements professionnels. Le digital redéfinit les contours des métiers, et des qualités nécessaires à l’exécution des missions. On est tous digital + quelque chose d’autre…Le collaboratif et le participatif prennent le dessus sur le directif et les logiques pyramidales des entreprises. Ce qui demande beaucoup plus d’écoute à la base de beaucoup de métiers.”

État des lieux du marché de l’emploi digital

Les métiers du digital sont, pour la plupart, des métiers porteurs. “Le marché est actif car le turn over est assez élevé ; d’autre part, beaucoup d’entreprises sont encore à l’aube de leur transformation digitale et les créations de poste sont toujours nombreuses” estime Bluesearch.

Côté recruteur

Pour les recruteurs, c’est parfois compliqué : “la pénurie est forte sur les métiers les plus porteurs (patron de marketplace, product owner, data scientist, chief experience officer…) . Il faut savoir « marketer son offre » et prendre rapidement des décisions”.

Pour Christophe Dané, cette difficulté qu’éprouvent certains recruteurs à attirer les talents s’explique par la recherche éternelle du mouton à 5 pattes. “Les managers et autres chefs d’entreprises ne rêvent que d’une chose : c’est d’avoir un collaborateur qui sache tout faire avec et sur le digital. Ne leurs dites pas, il est certainement déjà sous leurs nez. Mais ils ne le savent pas encore et le découvriront parfois trop tard. En effet, la recherche de la perle rare, qui fera muter l’entreprise dans le digital n’est pas toujours la bonne approche. On rêve toujours du cadeau en vitrine que l’on n’a pas encore. Le jouet de Noël tant désiré pendant une année, que l’on laisse choir, une fois passé les fêtes de fin d’année. Le CDO est le porte-drapeau de cette tendance.” Il appelle également à une redéfinition des fiches de poste, avec une part variable définie par 2 éléments : “Apprendre et faire apprendre, savoir et faire savoir doivent faire partie des logiques de l’évolution des métiers.”

Côté candidat

Côté candidat, Bluesearch estime qu’ils sont en position de force, que l’employabilité est bonne ; mais le cabinet apporte un bémol : “la situation est plus délicate pour les débutants et les seniors (et on est senior très jeune dans le digital). La clef : montrer aux employeurs à la fois ses expertises et sa plastique intellectuelle (agilité, tempérament d’entrepreneur, capacité d’adaptation)”. Christophe Dané va dans le sens du cabinet de recrutement : “Le savoir-faire reste la première notion demandée à ces nouveaux métiers. Mais en fait, c’est l’attitude et l’envie qui font parfois la différence dans la considération de son futur métier. Le savoir être c’est être démonstratif et oser faire les choses : #memepaspeur. Si demain vous souhaitez travailler dans le social marketing, il faut que vous ayez fait la preuve de l’usage et de la passion qui vous anime dans cet univers. Vous n’aurez aucune crédibilité si vous avez votre timeline peu active et ce quel que soit le réseau social.”

Pour rapprocher les candidats et les recruteurs, le Blog du Modérateur et RegionsJob ont lancé Hellowork.io. Plus de 2000 offres d’emploi sont actuellement proposées.

Et demain ?

Au vu de l’évolution rapide des métiers du digital, il est difficile d’imaginer ce qu’ils deviendront demain. La spécialisation des métiers devrait continuer, et des professionnels transverses devront acquérir de nouvelles compétences pour gérer les experts, toujours plus spécialisés. Bluesearch s’attend à de nouveaux métiers liés à l’intelligence artificielle, au big data, au machine learning, aux objets connectés, aux fintechs et aux medtechs. Selon Christophe Dané, “la prochaine révolution sera certainement autour de la Blockchain. Souvent encore immatérielle et très conceptuelle, la nature de cette révolution sera sans nulle doute un pan important des nouveaux métiers dans le digital. Donc s’y intéresser et imaginer ce que l’on peut en faire est le conseil qu’il faut intégrer aujourd’hui dans vos compétences.”

Dans le cadre des 10 ans du Blog du Modérateur, nous nous sommes penchés sur l’évolution des métiers du web. À l’origine, le webmaster était le seul connaisseur du web et des nouvelles technologies dans les entreprises. Aujourd’hui, des services entiers y sont consacrés. Et au-delà des professionnels spécialisés, tous les métiers se transforment avec l’essor du digital. Pour décrypter cette tendance de fond et revenir sur l’évolution des métiers du web, nous avons rencontré rencontré Christophe Dané, Président de Digitall Makers et board member de l’IAB France, ainsi que les cabinets de recrutement spécialisés Bluesearch et Urbanlinker.

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Filières du digital, RH